ECOUTE LE TEMPS dans Libération

CHRONIQUE | 13 juin 2007

«Faussaire» & «Ecoute le temps»

Par BAYON
Faussaire est une bonne affiche. Le titre et le thème de l’escroc y ouvraient une fenêtre de tir «numéro d’acteur» avantageuse à Richard Gere. Dans l’ennui résultant, malgré deux stridences d’Up Around the Bend, Gere évoque Bayrou. Son comparse romancier lourdaud finit d’enliser l’affaire, en noeuds de grosses ficelles sans fil. Les trois femmes d’appoint n’y sont pas, ni l’époque, ni le sujet, Howard Hughes ; remboursez  ce que fit semble-t-il l’entôleur mythique de référence, ici enflé avec nous.
Cent fois mieux, Ecoute le temps. Titre raté mais thriller rural réussi. Tout reprend goût et vie, sens et intensité mine de rien. Des lieux aux faits en passant par le secret des choses et des corps. A commencer par celui d’Emilie Dequenne  la Belle du Temps du jour. Emilie habite Charlotte qui habite cesConversations secrètes de l’Oise.
Ecoute le temps est un film de femmes et de maison (grange) comme il y en a de prison. La clé de la variante proposée est acoustique. Fille de devineresse, l’héroïne est sorcière du son (comme Spector le zinzin d’Hollywood) : tympans vibrants, elle capte les ondes, les plis spatio-temporels. De retour au pays où sa mère a été exorcisée raide, elle se met à percevoir la sourde rumeur des mânes, frôlant au Nagra l’esprit des lieux. Ce devrait être inepte, c’est captivant. Portrait de l’artiste en preneuse de son, tisseuse d’échos, aragne fluidique. Pourquoi ce que l’infrarouge fixe, l’absence, les micros ne le recueilleraient-ils pas, en souffles ?…

Il faut voir l’écouteuse virer marteau (elle martèle des fissures), sonder les gerçures de la baraque maternelle à la perche. Cela grésille et grince sur la ligne, sous les combles, dans la tradition, joliment aménagée, des tartignoleries à poltergeists amerloques dont cette rubrique fait son miel trouble ordinaire. Le moellon ectoplasmique pleut ; micro-orage magnétique.

La petite installation taoïste de notre électroacousticienne, cependant, vaut le coup d’oeil. Si l’on ne joue pas les esprits forts au fond de la salle, on s’intéresse avec une étrange attention au murmure muré, peu à peu discerné en capharnaüm bruissant trigonométrico-cathartique par la techno-medium connectée.

Gageons qu’à la Biennale de Venise, on ne fait pas mieux que cette toile de fils, rubans, codes, papillons, digne à la fois deBlair Witch et des «obscures paroles» espérantisantes pétrifiées de la folle du livre Au coeur de ce pays (Coetzee).

Parmi les seconds rôles, Etienne Chicot, ce Blier Yanne Préboist, excelle en Dandin de province au baise-pied dandy. Les deux tarés terreux, à assassin, assassin et Demy, complètent le tableau de genre modèle. Du Simenon féerique.


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